Le restaurateur dans un musée : M.Raquet au musée de Nuremberg

La collection d'instrument du musée de Nuremberg

Le "Germanisches Nationalmuseum" (GNM) de Nuremberg conserve aujourd'hui une très importante collection d'instruments de musique sous la responsabilité de son conservateur, le Dr. Bär. Les pièces les plus significatives sont exposées dans le musée, mais la collection conserve également de très nombreuses pièces qui ne sont pas accessibles au grand public. On y trouve plusieurs sacqueboutes, dont celle qui est considérée aujourd'hui comme la plus ancienne sacqueboute au monde, connue comme étant fabriquée par Erasmus Schnitzer en 1551 (MI 170).

Au sein du GNM se trouve le "Institut für Kunsttechnik und Konservierung" (l'institut pour la technique artistique et la conservation, IKK). L'IKK, ce sont trente personnes qui travaillent dans douze ateliers. L'atelier de restauration des instruments de musique compte trois collaborateurs: Georg Ott, Klaus Martius et Markus Raquet.

Lors de notre visite au GNM de Nuremberg, nous avons eu la chance de rencontrer Markus Raquet, qui nous a présenté son travail au sein du musée ainsi que les problématiques que ses résultats de recherche soulèvent.

La journée d'un restaurateur: rencontre avec M. Raquet

Markus Raquet a étudié dans un premier temps la facture des cuivres à Würzburg. Puis il a étudié la restauration des instruments de musique à la Fachhochschule für Technik und Wirtschaft de Berlin. Il travaille au sein du IKK depuis 1995, dans l'atelier de restauration des instruments de musique.

 

Markus Raquet

Il nous a alors présenté la facture des cuivres à Nuremberg, du XVIe au XVIIIe siècle, nous révélant ainsi un pan méconnu de son travail et de ses méthodes, attirant immanquablement notre attention et ouvrant la voie à de nouvelles interrogations sur la facture instrumentale et la copie des sacqueboutes aujourd'hui, ce qui est au cœur des problématiques du projet SOL.

Matériaux utilisés

Tout d'abord, il a attiré notre attention sur le fait que le laiton utilisé était livré dès le XVIe siècle en plaques bien moins larges que de nos jours, c'est à dire environ 25 centimètres de largeur, comme en témoigne la gravure de Martin Engelbrecht à Augsburg en 1730. La demande provenant de la facture instrumentale n'était pas assez forte pour que le marché s'adapte aux exigences de celle-ci, et les facteurs ont travaillé le matériau tel qu'il se trouvait sur le marché.

Aperçu des réserves du GNM de Nüremberg

Évolutions de la soudure

La soudure des plaques comprenait de l'argent jusqu'à 1680 environ, puis a été remplacée par le laiton. En effet, le laiton est moins cassant et facilite l'étirement du pavillon pour qu'il soit suffisamment évasé, comme c'est de plus en plus le cas à partir des années 1680. La composition de la soudure est étudiée grâce à un appareil mobile de mesures très développé que l'IKK possède depuis quelques années. Pour mesurer la composition d'un instrument, M. Raquet analyse entre 50 et 80 points. Chaque point donne une liste des composantes et de leur dosage. Ainsi, M. Raquet obtient une description très détaillée de chaque élément ce qui lui permet de décrire très clairement la composition du matériau utilisé afin de le dater. Il observe et peut décrire l'évolution du matériau au cours du temps. Or, connaître la composition du matériau à une période donnée lui permet de distinguer les parties d'un instrument qui ne sont pas originales et qui ont été ajoutées, ou modifiées, qu'il s'agisse d'une réparation ou d'une adaptation au goût du jour.

La sacqueboute la plus ancienne du monde ?

Ainsi, la sacqueboute qui se trouve à Nüremberg, la plus ancienne du monde qui nous soit parvenue, est en réalité composée de trois éléments construits par trois facteurs différents: un pavillon de trompette du XVIe siècle, la coulisse du XVIIe siècle et le reste du XVIIIe. Si l'instrument perd de son originalité, c'est-à-dire qu'il n'est pas aussi ancien dans son intégralité, contrairement à ce que l'on croyait, il n'en demeure pas moins très intéressant pour comprendre l'évolution de la facture instrumentale.

Restaurateur et restauration

Nous avons appris avec M. Raquet que le restaurateur d'aujourd'hui n'apporte plus des modifications aux instruments des musées, ou très peu, contrairement à ce qui s'est pratiqué par le passé, mais qu'il dispose des connaissances et des méthodes nécessaires pour en étudier la facture et les éléments qui les composent. Il apporte ainsi des éclaircissements sur l'histoire d'un instrument et permet de suggérer un regard nouveau sur la facture. Les instruments de Vérone ont été restaurés, voire reconstruits avant même qu'on ne les connaisse vraiment. Il serait très intéressant de les étudier avec les mêmes méthodes pour mieux comprendre leur histoire.