Les instruments

Les Instruments du projet S.O.L

La sacqueboute fait l'objet d'un engouement grandissant ces dernières années. De nombreux trombonistes "modernes" se spécialisent dans la pratique sur instrument historique, grâce au développement de cette spécialité dans l'enseignement supérieur notamment. D'autres instrumentistes font des incursions chez les "anciens" par goût personnel ou poussés par le goût du public pour ces répertoires. Ces musiciens ont le choix entre un tout petit nombre de sacqueboutes en regard des quelques deux cents instruments fabriqués avant 1800 qui sont parvenus jusqu'à nous1. D'un ensemble à l'autre on retrouve souvent les  deux ou trois mêmes modèles. Les instruments disponibles portent parfois le nom de l'original dont ils s'inspirent, mais les modifications qu’ils ont subit ne sont que rarement évoquées. Certaines copies n'ont plus qu'un lointain rapport avec leur illustre ancêtre.

Lorsqu’on s’intéresse à la pratique sur instruments anciens, il arrive souvent que l’on soit contraint de s’intéresser à la facture instrumentale. La problématique posée par la copie moderne d'un instrument ancien peut être intéressante à rapprocher de celle de l'interprétation d'une partition ancienne. Les difficultés rencontrées sont nombreuses et il est probable, comme le dit N. Harnoncourt (à propos de l'interprétation de la musique historique)2 que « la faute en incombe à cette conception qui voit un "développement" à partir de formes originales primitives, passant par des étapes intermédiaires plus ou moins déficientes, jusqu'à leur forme définitive "idéale", laquelle est alors supérieure en tout points aux "étapes préliminaires ». S’ajoute à cela le fait qu’il est devenu très difficile de jouer sur les originaux pour établir si l'instrument vaut la peine d'être copié et si la copie ressemble in fine à l'original3

Les 3 sacqueboutes de l'Accademia

Détail entretoise Sacqueboute Schnitzer

Nous n’avons strictement aucune idée du son que pouvait avoir tel ou tel instrumentiste de l’époque. Quand on connait les différences de sonorités qu’il y a entre deux musiciens jouant sur le même matériel aujourd’hui, il nous faut  admettre que nous ne pouvons établir que des suppositions. Il nous faut étayer nos conjectures par les sources disponibles et combler les manques par notre expérience de musicien. Mais le risque de nous laisser guider par notre subjectivité «d’homme moderne» est grand.

Les instrumentistes d’hier ont ceci de commun avec ceux d'aujourd'hui qu'ils ont cherché à adapter leurs instruments à l'usage qu'ils en avaient. La variété des solutions testées le prouve. Le sacqueboutier de Vérone qui jouait avec deux chanteurs et un cornet à bouquin n'avait pas besoin de la même embouchure ni du même instrument que le Stadtpfeiffer de Dresden qui sonnait les heures du haut de la tour de ville. Il y a néanmoins une certaine constance dans certains paramètres déterminants. Pour les instruments, les pavillons sont étroits et ils n’ont commencé à s'évaser que dans le dernier tiers du 17e siècle. Le passage du pavillon de type "renaissance" au pavillon de type "classique» s'est étalé sur une longue période : Le diamètre du pavillon de la sacqueboute fabriquée à Vienne par Michael Leichamschneider en 17384 ne diffère pratiquement pas de celui de l'instrument construit à Nüremberg par Anton Drewelvecz en 15955

La question est plus délicate concernant les embouchures : une vingtaine de modèles d'avant 1700, seulement trois ou quatre d'avant 16006. Il est difficile d'en obtenir des copies exactes car les dimensions varient dans des proportions parfois importantes d'un auteur à l'autre. Pour l'embouchure de Vérone par exemple7, le diamètre intérieur de la cuvette mesure 23,7mm dans le catalogue de l'Accademia8, 23,2mm pour A. Baines9. Keal Cooper quand à lui trouve 23,3mm10. Néanmoins, les bords11 sont toujours plats, l'arrête du grain12 est vive.

C.Bosc à la bibliothèque de l'Accademia Filarmonica
C.Bosc à la bibliothèque de l'Accademia Filarmonica

Ces deux points suffisent à eux seuls à produire sur le son des effets immédiats et des différences fondamentales par rapport à une embouchure de trombone moderne (son moins riche en harmoniques aigües, avec quelques impuretés, sentiment de se fatiguer plus rapidement). Ces différences sont trop souvent considérées comme des défauts ce qui occulte  les bénéfices apportés (plus grande précision d'émission permettant des phrasés délicats, facilité à se fondre dans un ensemble d’instruments différents ou avec des chanteurs par exemple).

Ce sont certaines des raisons évoquées ci-dessus qui nous ont poussé à étudier et faire fabriquer une embouchure, deux sacqueboutes rarement copiés13 ainsi qu’un trombone classique totalement inconnu14. Notre démarche a été de nous rapprocher le plus possible des originaux en sachant pertinemment que des différences subsisteraient à la fin. L’objectif pour nous n’étant pas de faire un clone mais d’avoir un instrument le plus proche possible de l’original afin de ne pas considérer les spécificités de l’instrument  comme des défauts mais comme des pistes nouvelles qu’il nous faudrait explorer pour nourrir notre réflexion.

Les instruments du projet sont fabriqués par Cristian Bosc et certains seront à son catalogue dans le courant de l’année 2014.

Bibliothèque de l'Accademia Filarmonica


  1. Une centaine  avant 1700, une quinzaine seulement datent du 16e siècle 

  2. Harnoncourt, Nikolaus. Le discours musical: pour une nouvelle conception de la musique. P.17 Traduction de Dennis Collins. Paris: Gallimard, 1984 

  3. Lire sur le sujet l' article de Hannes W. Vereecke consacré à la sacqueboute Anton Schnitzer de 1579 dans le Historic Brass Society Journal 

  4. 102mm. Vienna, Kunsthistorisches Museum, Sammlung alter Musikinstrumente 

  5. 103mm. Hamburg, Museum für Hamburgische Geschichte 

  6. La plupart des embouchures présentées avec les instruments exposés sont plus tardives et n'ont souvent de peu de rapport avec l'instrument 

  7. authentifiée comme datant d'avant 1600 

  8. Van der Meer, John Henry, and Rainer Weber. Catalogo degli strumenti musicali dell’Accademia Filarmonica di Verona. Accademia Filarmonica di Verona, 1982 

  9. Baines, Anthony. Brass Instruments: Their History and Development. New York: Dover Publications, 1993 

  10. Cooper, Keal. Early Trombones in Swiss Collections, n.d 

  11. La partie sur laquelle reposent les lèvres de l'instrumentiste 

  12. le trou au fond de la cuvette de l'embouchure 

  13. Sacqueboute A. Schnitzer et sacqueboute anonyme gravée «Filarmonia» de l’Accademia Filarmonica de Vérone 

  14. Trombone Moïse Pernod du MAHN 

  15. Article en préparation