La saquebute à la salle Pleyel (1909)

Extrait de la Revue française de musique, 1909/04/04 (A6,N25), p. 747.

« La Saquebute ». C’est le titre d’une société de musique qui se propose de donner des auditions avec le « sextuor des trombones modernisés ». Cette société qui vient de faire ses débuts à la salle Pleyel, à Paris, a bien fait de prendre ce titre de Saquebute, qui est précisément le nom historique du trombone et celui qu’il portait jusqu’au XVIIe siècle. La Saquebute est très ancienne, et l’on reporte son existence jusqu’au IXe siècle. Dès le XVIe elle était très populaire et en grand usage, et sa forme était déjà presque celle du trombone actuel. Sa vogue était surtout très grande en Angleterre. Henri VIII avait pour le service de la cour une bande de musiciens qui comprenait dix joueurs de saquebute, et la musique de la reine Elisabeth en comptait six en 1587. Les joueurs anglais de saquebute étaient d’ailleurs très habiles, et leur renommée était telle, qu’ils étaient recherchés par les cours étrangères. C’est ainsi qu’en 1604 le duc de Lorraine Charles III fit, dit-on, recruter ses joueurs de saquebute dans les orchestres anglais. Dès cette époque le trombone (il faut arriver à lui donner son nom moderne) présentait une famille complète, un quatuor, comprenant un soprano, un alto, un ténor et une basse. En 1607, Monteverde, dans son admirable Orfeo, employait cinq trombones, c’est-à-dire deux altos, deux ténors et une basse. L’instrument avait déjà exactement sa forme actuelle, ce que prouve avec évidence un tableau de Van Alsloot, daté de 1616, qui représente une procession à laquelle prennent part six instrumentistes, dont un joueur de trombone. Aujourd’hui, l’orchestre symphonique comprend régulièrement trois trombones, un alto, un ténor et une basse, et l’on sait l’effet que produit, lorsqu’il est bien employé, cet instrument à la sonorité mâle et superbe, pleine de franchise et tout empreinte d’une véritable noblesse.

 

La sacqueboute de la salle pleyelRevue française de musique
Source: gallica.bnf.fr